Exemple de rénovation BBC: une interview de Biomass’cote (2/2)

Voici la suite de l’interview de Nicolas qui a réalisé une rénovation de maison performante. Dans un premier article, il nous a présenté le génèse du projet, les travaux prévus et les aides financières mobilisées. Pour lire la première partie, suivez le lien !

Revenons aux travaux d’isolation, vous mentionniez des matériaux biosourcés. Qu’est-ce que c’est ?

– Notre démarche a été guidée à la fois par le respect de l’environnement et par celui du patrimoine bâti. La maison est en pierre locale maçonnée avec de la terre, les planchers d’origine étaient en bois rempli de terre. Il n’était pas envisageable d’utiliser des matériaux industriels comme le polystyrène ou le ciment. Nous avons privilégié les matériaux biosourcés ou locaux. L’isolation a été faite soit avec un isolant à base de chanvre fabriqué en Vendée, soit avec des bottes de paille produites par un paysan du village. Nous avons été acheter le parquet du premier étage directement dans une scierie à la Ferté-Macé, c’est du chêne massif des forêts de l’Orne. La terre issue de la démolition a été réutilisée en enduit pour les murs chauffants…

Isolation thermique par l’extérieur avec de la paille

C’est une démarche un peu empirique, je ne crois pas qu’il existe de définition officielle ou de label pour les isolants écologiques. Pour moi, ce sont des matériaux qui ont un impact environnemental aussi faible que possible tout en répondant aux exigences attendues. Entre une laine de roche issue de roches fondues à 1400°, transportée en camion depuis son usine polonaise et une laine de chanvre cultivée et transformée en Vendée, instinctivement je pense que la laine de chanvre est plus écolo ! Pas toi, Biomass’Cote ?

Isolation intérieure laine

Si, c’est logique, mais cela doit être hors de prix, non ?

Non, c’est un marché grandissant, les prix baissent depuis des années. Ramené au m² isolé, c’est le même prix qu’une laine de verre moyenne gamme. Et puis il y a le confort de pose, ça ne gratte pas ! Et comme c’est moi qui l’ai fait, c’était aussi un critère important.

Ces matériaux sont-ils aussi efficaces que les polystyrènes et autres laines de verre habituelles ?

– C’est l’un des premiers trucs que nous a expliqué le Conseiller de l’Espace INFO>ÉNERGIE : « Ce qui isole ce n’est pas la fibre, c’est l’air qui est emprisonné entre les fibres, donc ce qui compte c’est l’épaisseur ! ». Donc oui c’est aussi efficace ! Mais les isolants végétaux ont aussi comme caractéristique de mieux supporter les flux de vapeur d’eau qui les traversent. Or, il y en a de la vapeur dans un vieux mur ! Il y a l’eau du sol qui remonte par capillarité et la vapeur liée à la respiration des occupants qui veut sortir. Imaginez un peu la catastrophe quand on pose des isolants étanches type polystyrène ou polyuréthane sur des vieux murs : la vapeur reste bloquée entre le mur et l’isolant, elle condense et devient de l’eau, les moisissures se développent, le mur se dégrade… C’est comme si après un footing tu enfilais un k-way, c’est désagréable, non ? Dans les vieux murs la vapeur d’eau doit circuler sans contrainte et les isolants végétaux bien posés avec un pare-vapeur continu font cela très bien.

L’air intérieur plus pollué que l’air extérieur ! Mythe ou réalité ?

– Autre sujet tout aussi important ! Que de discussions et de choix cornéliens ! J’imaginais mes enfants jouant sur le sol de leur chambre respirant les délices toxiques émis par le sol en PVC et les colles des meubles en faux bois. Ou encore se remplissant les poumons des COV (Composés Organiques Volatils) dégagés par les peintures encore fraîches. Vision d’horreur inacceptable ! Hélas dans ce domaine il y a une réelle différence de coût entre un meuble en bois reconstitué ou en bois massif. Un sol PVC collé sur un panneau de particules est bien moins cher qu’un parquet en bois massif huilé. Il a fallu faire des choix pour rester dans le budget. Nous avons opté pour des matériaux peu transformés et peu traités dans les chambres et les pièces de vie, mais nous avons volontairement ignoré cette thématique dans les pièces d’eau et de passage. La principale raison c’est qu’on passe plus de temps dans les chambres ou le salon que dans la salle de bain. Ensuite il y a la VMC qui force la circulation de l’air extérieur qui entre par les pièces de vie (chambres et séjour) et sort par les pièces d’eau. Les polluants sont émis près de la sortie. En clair, les murs du salon sont enduits de terre crue, la cuisine est en panneaux de particules plastifiés. Avec un budget illimité, nous aurions fait plus évidemment…

Vous parliez d’énergie renouvelable tout à l’heure, qu’avez-vous installé chez vous ?

– Le rez-de-chaussée est chauffé par un poêle à bois bûches performant un peu spécial. En effet, c’est un poêle bouilleur qui chauffe aussi l’eau d’un ballon de 400 L. Ensuite, cette eau circule dans les murs chauffants et chauffe les étages. Un mur chauffant c’est un serpentin de tuyaux fixé au mur et recouvert d’un épais enduit de terre crue. Lorsque l’eau tiède (25-30° pas plus) y circule, l’ensemble du mur et de sa masse diffuse une chaleur douce et enveloppante. C’est très économique et très confortable, nous sommes vraiment contents du résultat. Le bureau d’étude a calculé pièce par pièce la puissance du chauffage nécessaire, la surface, le diamètre et l’espacement du serpentin. Nous avons suivi ses indications, ce fut long à fabriquer. Par exemple pour un mur de 5 m², un enduit de 6 cm d’épaisseur, représente 0,3 m3, soit plus de 500 kg de terre mouillée qu’il a fallu préparer, monter dans les étages et lancer à la truelle, pfff !

Murs chauffants

Sur le toit, nous avons fait installer 4 m² de panneaux solaires thermiques qui chauffent également le ballon de 400 L. Lors des belles journées d’intersaison et l’hiver, le soleil assure un complément de chauffage non négligeable et pendant l’été c’est quasiment notre seule source de production d’eau chaude pour la douche. En secours, le ballon est également équipé d’une résistance électrique.

C’est indiscret de connaître le montant de votre facture de chauffage aujourd’hui ?

– Le premier hiver 2015-2016, alors que tout n’était pas complétement terminé, nous avons consommé environ six stères de bûches. L’hiver suivant nous sommes descendus à cinq stères. Et là pour 2017/2018, nous avons brûlé entre quatre et cinq stères. On trouve facilement du bois en Suisse Normande, en restant exigeant sur la qualité j’arrive à trouver le stère à 55 €. Notre budget bois est inférieur à 300 €.

Par mois ?

– Non, par an. Mais pour être honnête, il y a aussi une partie de l’électricité qui fait l’appoint de la production d’eau chaude sanitaire. Notre consommation d’électricité tous usages confondus (éclairage, multimédia, électroménager et appoint électrique du ballon) s’élève à 3300 kWh/an, soit une facture d’environ 90 € tous les deux mois. Au bout du compte, l’ensemble de nos besoins en énergie nous coûte » 850 € chaque année.

En visant le BBC, nous avons choisi de mettre le paquet sur l’isolation. C’est la clé pour des besoins faibles en chauffage. Notre maison est confortable et nous ne sommes plus en précarité énergétique, le pari est gagné !

Merci Nicolas pour ce bel exemple et bravo pour la réalisation !

De rien Biomass’Cote, au revoir !

Crédit photos: Nicolas Marie

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